Découvrez le talent caché de votre médecin traitant Peter Van Breusegem

Cela fait maintenant 28 ans que le docteur Van Breusegem est médecin généraliste dans notre cabinet Papenvest Medical. Bientôt, il va faire un pas de côté. Lorsqu’il atteindra l’âge de départ à la retraite, il continuera toujours à exercer son activité de médecine, mais à temps partiel. Le temps qui se libère, il souhaite le consacrer à ses activités littéraires. Là aussi, ça fait de nombreuses années qu’il les exerce, sous le pseudonyme de Dirk van Babylon ! Le docteur Van Breusegem raconte tout à propos de sa double carrière dans cette interview.

Pourquoi avez-vous voulu devenir médecin ? Ou écrivain ?

Ma mère souffrait de sclérose multiple. J’ai vécu ma jeunesse sous le signe de la maladie et des traitements. Elle m’a fait promettre de devenir médecin. Pour elle c’était le plus beau des métiers. Quand j’insinuais quelquefois que je voulais devenir avocat, ou écrivain, elle balayait mes idées avec beaucoup de subtilité. C’est l’atmosphère de tristesse à la maison qui m’a poussé vers la lecture, d’une certaine manière pour fuir la réalité. C’est également ainsi qu’est né mon rêve de devenir écrivain.

Quand avez-vous effectivement commencé à écrire ?

Mes premières tentatives d’écriture datent de mes années d’étudiant. Je dois avouer qu’elles n’étaient pas vraiment concluantes. Comme je manquais d’expérience, le processus d’écriture était plus une source de frustration que de satisfaction. Mais c’est en forgeant qu’on devient forgeron, évidemment. Quand j’ai entamé mes premières années de carrière en tant que médecin dans un cabinet à Uccle, j’ai poursuivi patiemment mon activité littéraire. Et en 1986, j’ai écrit mon premier roman ‘De zwarte bruidegom’ [‘Le marié noir’], sous le pseudonyme Dirk van Babylon.

Mon livre a eu tellement de succès que j’ai arrêté mon activité comme médecin. Je me suis plongé dans ma carrière d’écrivain d’une part, et d’autre part je me suis lancé dans l’activisme contre le sida. Après avoir partagé pendant quelques années mon temps entre la littérature et la campagne contre le sida, j’ai décidé de changer de cap. Je me suis mis à travailler pour l’industrie comme rédacteur, traducteur et éditeur, pour finalement revenir en 1993 à ma carrière médicale, dans notre cabinet bruxellois que j’ai repris d’un confrère à l’époque.

Miguel Molinos, de laatste ketter

Donc à partir de 1993 vous avez de nouveau travaillé comme médecin généraliste. Est-ce cela a signifié la fin de votre carrière d’écrivain ?

Oh non, pas du tout ! Même s’il est vrai que j’avais mis cette activité à ce moment-là en veilleuse. J’ai encore écrit trois romans, parmi lesquels ‘Miguel Molinos, de laatste ketter’ (Miguel Molinos, le dernier hérétique). Je continue d’ailleurs chaque jour à écrire plusieurs heures durant des histoires, des poèmes, des sonnets … que je publie sur mon propre site web littéraire  www.dirkvanbabylon.com. Et je suis actif dans un club de poésie.

Pourquoi cette idée d’écrire sous un pseudonyme ?

Mon premier roman est autobiographique et dans l’histoire l’écrivain, donc moi, dévoile son homosexualité. À cette époque, nous parlons de la fin des années ’80, j’avais très peur d’avoir des ennuis avec ça en tant que médecin. Depuis lors, ça fait longtemps que je l’affirme ouvertement, et on ne m’a jamais regardé de travers pour ça. Mais à l’époque, c’était encore un tabou infranchissable en Flandre.

Il n’a pas fallu longtemps pour qu’on me démasque comme auteur de mes livres. Du coup, fini l’anonymat de van Dirk van Babylon. Et pourtant j’ai continué à utiliser ce pseudonyme, puisque comme écrivain je suis un personnage tout à fait différent par rapport au médecin. Et je suis d’avis que mes patients viennent en consultation chez Peter Van Breusegem, et non chez Dirk van Babylon.

Mais vous écrivez bel et bien sous votre nom de médecin sur votre site médical, n’est-ce pas ?

Correct. Sur le site web du cabinet médical, je publie non seulement des informations pratiques, mais aussi des dossiers plus approfondis sur des problématiques auxquelles je suis confronté régulièrement dans ma pratique professionnelle. Je tiens à informer les patients au mieux à ce sujet, et leur expliquer vers qui ils peuvent se tourner avec ces problèmes courants. De cette manière, je joue en tant que médecin un peu le rôle de ‘guide’ dans le labyrinthe qu’est tout de même notre système social.

Dirk Van Babylon

L’âge de la pension approche. Que comptez-vous faire alors : souhaitez-vous devenir écrivain à temps plein ?

Disons qu’à partir de mi-2021, je vais partager mon temps entre ma carrière médicale d’une part, et ma carrière littéraire de l’autre. J’entends rester actif encore plusieurs années dans notre cabinet médical, ça ne fait aucun doute. Il y a des patients avec qui j’ai bâti des liens tellement forts que je pourrais difficilement les lâcher maintenant. Mais je me réjouis vraiment de pouvoir bientôt consacrer plus de temps à l’écriture.

Pouvez-vous déjà nous en dire un peu plus ?

Volontiers ! Le premier livre traitera de la correspondance entre mes parents au début des années ’50. Si tout va bien, il devrait paraître à la fin de cette année. Un deuxième livre sera consacré à l’usage de stupéfiants et à l’accoutumance. C’est une problématique à laquelle je suis souvent confronté dans mon métier, et j’estime donc que j’ai pas mal de choses à partager. Grâce à ce livre, j’aimerais beaucoup lever un certain nombre de malentendus fort répandus et aussi combattre la stigmatisation qui touche les utilisateurs de drogue. Le troisième manuscrit contient mes mémoires en tant que médecin.  Je l’ai écrit pour attirer l’attention sur des problèmes sociétaux tels que la dépendance, l’avortement, l’euthanasie … Le quatrième pour finir sera un livre passionnant, où je donne la parole à Dieu en personne !

Y a-t-il un message spécial que vous aimeriez adresser à vos patients à la fin de votre carrière médicale ?

Eh bien, en premier lieu : ‘Vous allez me manquer !’ Beaucoup d’entre eux m’ont déjà dit que j’allais leur manquer, et c’est réciproque. Mes patients m’ont appris énormément de choses, et ça a été pour moi un vrai privilège de bénéficier de la confiance qu’ils m’ont témoigné en tant que médecin. J’ai toujours cherché à traiter tout le monde de manière égale et courtoise, sans distinction de sexe, d’orientation, de couleur de peau, de croyance ou quoi que ce soit.

J’ai aussi toujours combattu toute forme de violence, et malheureusement je dois constater qu’elle fait tout sauf diminuer dans notre société. De plus, il y a beaucoup de haine et d’exclusion. J’ai toujours considéré qu’il est de mon devoir de me battre contre ces dérives, et d’une manière ou d’une autre, je continuerai à le faire, que ce soit comme médecin ou comme écrivain.